ADALBERT G. HAMMAN
‘L'ABBÉ MIGNE DU XXE SIÈCLE’

Colloque international organisé à l'occasion du centenaire de sa naissance
et de la parution des Hommes illustres de Jérôme, centième volume des «Pères dans la foi»

et remise conjointe du Prix Hamman 2009-2010
à Hélène Grelier et à Fabienne Jourdan

Une journée organisée par l’Association J.-P. Migne en partenariat avec la Fondation Singer-Polignac

À LA FONDATION SINGER-POLIGNAC, 43, AVENUE GEORGES-MANDEL, 75116 PARIS

 

En voici le déroulement :

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RÉSUMÉ

Le P. Jean-Robert Armogathe (directeur d'études à l'EPHE et Président de l'Association Migne) a ouvert le Colloque devant plus de 70 personnes, en présentant notamment les regrets de Mgr Claude Dagens, qui n'a pu venir parler comme il le souhaitait. De même, le P. Angelo di Berardino a été empêché.

Quelques réflexions sur la vie d’A. Hamman
par José KOHLER, franciscain, vicaire provincial, ayant vécu plus de 30 avec A. Hamman à Besançon
Même si son couvent, c’était le monde, A. Hamman a passé une grande partie de sa vie dans la communauté franciscaine de Notre-Dame-des-Buis, à Besançon, qu’il a contribué à fonder. Au-delà des anecdotes sur ses traits de caractère ou sa vie de tous les jours, A. Hamman a marqué ses frères notamment par son ouverture au monde, son goût du travail, sa vie dans les pas de François d’Assise.

Dans le sillage de l’abbé Migne
par Marie-Hélène CONGOURDEAU, chargée de recherches au CNRS, directrice littéraire des Éditions Migne
L’œuvre du P. Hamman se situe dans le sillage de celle de l’abbé Migne (1800-1875), éditeur infatigable des Pères de l’Église. L’exposé présentera tout d’abord l’itinéraire de ce colosse de l’édition qui voulait mettre les œuvres des Pères à la disposition des prêtres de campagne, et dont les Patrologies (grecque et latine) sont toujours utilisées; puis il détaillera la vie éditoriale du P. Hamman, en montrant comment, par son entreprise de traduction des Pères, dans les collections qu’il a fondées successivement, il souhaitait adapter l’œuvre de Migne aux conditions de notre époque, en mettant les œuvres des Pères à la disposition du peuple chrétien.

L’homme illustre pour Jérôme dans le De viris illustribus
par Delphine VIELLARD, chargée d'enseignement à l'Université de Strasbourg
Au printemps 393, Jérôme, alors installé à Bethléem, publie un De uiris illustribus, qui énumère les auteurs ecclésiastiques, de l’apôtre Pierre jusqu’à Jérôme lui-même. Le Stridonien utilise pour ce faire un cadre existant, celui du catalogue d’hommes illustres comme dans le Brutus de Cicéron et, ainsi qu’il l’écrit dans sa préface, la tradition de la biographie antique. Il veut ainsi montrer aux païens que l’Église renferme en son sein des savants qui sont les égaux des hommes de lettres consacrés par la postérité. Ces hommes illustres sont pour la plupart des chrétiens, mais on y rencontre aussi un païen, deux juifs et seize dissidents de la religion catholique. Pour Jérôme, l’homme illustre est un homme de culture, un héros, mais aussi un homme en rapport avec l’Église – mais avant tout un écrivain, et quelqu’un qui a l’heur de plaire à l’ermite de Bethléem. Même si la liste des hommes illustres qu’on pourrait dresser aujourd’hui risque d’être assez différente de celle de Jérôme, son œuvre riche de 135 notices est fondatrice et originale, fournissant des renseignements de première main sur des auteurs autrement inconnus, et méritait d’être le numéro 100 des « Pères dans la foi ».

Les débuts de la revue Connaissance des Pères de l’Église
par Lin DONNAT, moine bénédictin de l’Abbaye de Fleury
Le P. Hamman a fondé et dirigé la revue Connaissance des Pères de l’Eglise en 1981. Cet épisode de sa vie est peu connu, car il omet d’en parler dans son autobiographie. La revue a été créée à l'initiative de François-Xavier de Guibert, chez DDB, pour la plus grande surprise d'A. Hamman lui-même, qui, avec Lin Donnat et d'autres collaborateurs, a su relever le défi, puis, marqué un peu plus tard par son départ à la retraite de l'Augustinianum, a préféré se retirer. Cet épisode offre une vue intéressante sur l’activité pastorale, si l’on peut dire, du Père et son souci de faire connaître les Pères de l’Eglise à tous les publics. On peut aussi y voir de manière vivante le P. Hamman dans ses relations, son activité débordante et inventive, toujours en recherche de mieux pour le bien de tous. Sa joie de vivre aussi.

France Quéré et Adalbert Hamman
par Guillaume BADY, chargé de recherches au CNRS, Secrétaire général adjoint de l’Association Migne
Parmi les dizaines de collaborateurs d’A.-G. Hamman – auxquels l’Association voudrait rendre hommage, France Quéré (1936-1995) tient une place plus que symbolique : collaboratrice et principale ouvrière de 8 volumes de la collection « Ichtus-Lettres chrétiennes », de 1962 à 1969, à elle seule elle a traduit plus de 110 textes sur plus de 1000 pages – une véritable œuvre patrologique. Par son art de la traduction, ou plutôt de la transposition, la théologienne d’origine cévenole a prêté sa voix et ainsi redonné vie aux Pères de l’Église avec une liberté aussi savoureuse qu’inimitable. Des bribes de sa correspondance illustrent également ce ton familier, et volontiers « drôle », qu’elle savait avoir avec les auteurs chrétiens aussi bien qu’avec le P. Hamman.

A. Hamman et la prière des chrétiens
par Jean-Robert ARMOGATHE, Directeur d’études à l’EPH, Président de l’Association Migne
En 1952, A. Hamman a fait paraître, avec Patrice de La Tour du Pin, le recueil intitulé Prières des premiers chrétiens, éclair dans le ciel des catholiques français, mettant à la disposition d’un large lectorat des centaines de pages des Pères de l’Église, et connaissant un très large succès. En 1959 et 1963, il a publié une étude en 2 tomes sur la prière aux trois premiers siècles (l’article « Prayer » de l’Encyclopedia Britannica donne les linéaments de la suite), étude très nouvelle par les synthèses qu’elle propose (en particulier sur la prière johannique), par le lien qu’elle fait entre la prière et la confession de foi, et entre la prière et la liturgie. Grâce à la diffusion que le patrologue savait donner aux textes antiques (il a été l’auteur d’innombrables ouvrages sur la prière – monographies, articles, traductions), et malgré les critiques venues des milieux académiques, le théologien et l’homme de prière, collaborateur de la refonte de la Liturgie des heures dans la foulée du concile Vatican II, a œuvré de façon exceptionnelle à l’intégration de la prière à la foi chrétienne. C’est donc tout naturellement que le titre des mélanges qui ont été offerts en 1980 a été Ecclesia orans.

La contribution d’A. Hamman à la dimension sociale de la théologie
par Hector SCERRI, Professeur à l’Université de Malte
La contribution d’A. Hamman à la dimension sociale de la théologie tient pour commencer à l’influence de l’ouvrage d’H. de Lubac paru en 1938 : Catholicisme. Les aspects sociaux du dogme, en particulier en ce qui concerne l'importance des sacrements pour la vie de tous les jours. Dès lors A. Hamman s’intéresse aux implications sociales de la foi et de la théologie, et à ce qu’en quelque sorte on peut appeler une fides quaerens intellectum practico-socialem. Son œuvre la plus parlante à cet égard est Vie liturgique et vie sociale, parue en 1968, qui fait un lien entre la lex orandi et la lex credendi d'une part, et la lex vivendi d'autre part, ou en d’autres termes entre la liturgie et la vie quotidienne.

La contribution d'Hector Scerri a été suivie, en guise d'illustration, d'une lecture par G. Bady de documents conservés dans le fonds Hamman de la Bibliothèque municipale de Besançon: un texte d'A. Hamman intitulé «Ma confession intellectuelle», et des extraits des lettres de Henri de Lubac à A. Hamman

L’autobiographie dans les actes de martyrs africains
par Marek STAROWIEYSKI, Professeur à l’Université de Varsovie et à l’Augustinianum (Rome)
Dans les trois passions africaines du IIIe s., c'est-à-dire dans celle de Perpétue et de Félicité, celle de Montanus, de Lucius et de leurs compagnons et, enfin, celle de Jacques et de Marien, on trouve des parties autobiographiques (descriptions du martyre et des visions) – ce qu'on ne trouve pas dans les autres ouvrages sur les martyrs.

Quelques aspects des rapports du Père Hamman avec le monde universitaire français
par Benoît GAIN, Professeur à l'Université Stendhal-Grenoble III
Ayant bien connu le Père Hamman à partir de la décennie 80, l’auteur expose d’une part, l’aide qu’il a personnellement trouvée auprès de lui dans ses recherches en patristique, d’autre part, comment l’appel aux dons de livres lancé par l’Association Internationale d’Etudes Patristiques en faveur des universités d’Afrique francophone ont reçu, de la part de cet authentique disciple du Poverello, des réponses généreuses. Un tel témoignage serait-il isolé parmi les Français ? La question doit être posée, puisque les rapports du Père Hamman avec les universitaires français ont été assez mauvais, parfois même conflictuels. Il s’agira d’en analyser les diverses raisons : maladresses avérées du P. Hamman, mépris de « mandarins » pour des publications qualifiées de vulgarisation, recensions acerbes de ceux-ci visant surtout les traductions dirigées par lui, préoccupations pastorales et économiques du Père Hamman prioritaires par rapport à des investigations érudites minutieuses. Dix ans après sa disparition, son œuvre reste, semble-t-il, sous le coup d’une sorte de condamnation, qui atteint, hélas, parfois même ses continuateurs ou les traducteurs qui leur sont associés.

La bibliographie d’A. Hamman et ses archives à la Bibliothèque municipale de Besançon
par Germaine MATHIEU, Conservateur en chef honoraire à la Bibliothèque municipale de Besançon
A. Hamman a lui-même fait don à la Bibliothèque municipale de Besançon de ses archives, formant aujourd’hui le Fonds Hamman, riche de 50 boîtes contenant des documents originaux et très divers : carnets personnels, manuscrits d’ouvrages, correspondance, souvenirs de voyage, dossiers d’éditeur. Une bibliographie complète d’Adalbert-Gauthier Hamman a également été établie à partir de documents de première main, témoignant aussi de l’activité de critique littéraire et de musical du Bisontin.

Parmi les éléments de discussion, J.-R. Armogathe a fait remarquer que l'absence de la Patrologie de Migne dans le bureau de John Henry Newman à Birmingham, et les éditions trop rares que le cardinal devait se procurer à défaut, témoignent a contrario de son importance. Le P. M. Starowieyski a souligné, lui, l'importance du Supplément à la Patrologie latine qu'A. Hamman a réussi à faire paraître en quelques années seulement. Cependant la difficulté qu'il y a à se procurer certains ouvrages d'A. Hamman, épuisés depuis longtemps, ne peut être que décevante. Yves Quéré, quant à lui, a justement évoqué l'amour de la musique qui allait chez A. Hamman jusqu'à un certaine façon d'être. Une question sur l'origine de l'expression "Pères de l'Église", attestée en un sens collectif dès le IVe siècle à propos des "saints pères" du concile de Nicée, a permis de signaler la façon dont on parle du "Père" Hamman. M. Charles Chauvin, auteur de L'abbé Migne et ses collaborateurs (DDB, 2010), et éditeur lui-même chez DDB au moment où cette maison a renoncé à continuer de publier "Les Pères dans la foi", a précisé qu'A. Hamman avait gardé de bons rapports avec lui. M.-H. Congourdeau pour sa part a donné l'assurance, si besoin était, que les relations actuelles avec les Sources chrétiennes étaient pleinement harmonieuses.

En conclusion de cette journée, soulignant comment la vie du franciscain et l'œuvre du théologien – deux aspects peu connus des patristiciens français - sont liées au travail du patrologue, G. Bady a interrogé la figure d'A. Hamman comme "homme illustre", ou plutôt comme homme de religion ou homme de relation(s). Loin de l'hagiographie, l'interrogation sur la vie et l'œuvre d'A. Hamman révèle ce qu'elles ont d'original, de décalé et de fécond. Véritable émule de l'abbé Migne au XXe siècle, A. Hamman partage sa gloire en même temps que son "don des contrastes".


J.-R. Armogathe et Lin Donnat


M.-H. Congourdeau et G. Mathieu

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